Au fur et à mesure de mes recherches sur le triturage compulsif, j’ai remarqué que nous, dermatillomanes, avons tous(tes) plus ou moins le même profil. Je pense qu’il y a un certain type de caractère, de personnalité qui seront plus sujettes aux TOC/TCI focalisés sur le physique (aux TOC et TCI de manière générale d’ailleurs). Dieu sait que j’en ai lu des témoignages de d’autres dermatillomanes, et il y a souvent des choses sensiblement similaires qui réapparaissent, dans la façon de voir les choses, dans les émotions, dans les désirs, les problématiques.

Déjà, je pense qu’on a toute un certain penchant pour le perfectionnisme (soyons honnêtes..). Cette envie que tout soit comme “parfait”, méticuleux, comme on l’a décidé, à la hauteur de nos attentes. Parfois intransigeant(e)s, on fuit “l’imperfection” au sens large comme la peste, au point de parfois la diaboliser, à tort, comme si la faiblesse et surtout nos propres faiblesses nous faisaient peur. Souvent exigeant(e)s avec nous même, on semble l’être aussi avec les autres (mais moins), pourtant, quand on nous prend par les sentiments, la tendance s’inverse…. En effet, j’ai l’impression que pour beaucoup nous sommes des personnes fonctionnant un peu à l’affectif. Notre entourage, nos relations sociales, la famille, les amours ont une place importante dans notre vie, nous y sommes attachés. Notre vie sociale et affective peuvent beaucoup nous combler et souvent, c’est lors de conflits, déceptions ou souffrances dans ces aspects là de nos vies que nos faiblesses, nos frustrations et nos douleurs ressurgissent.. De plus, on est plutôt des personnes sensibles, émotives, réceptives aux autres, aux plaisirs de la vie, réceptives au monde. Il y a peu de choses qui nous laissent indifférents. On est un peu rempli à bords de sentiments très beaux et bons un jour, ou carrément tout l’inverse un autre jour. Mais ce qui est sûr, c’est qu’on a chacun de nous beaucoup de force intérieure et une grande capacité à supporter la souffrance. Tantôt assurée et extravertie, tantôt réservée et solitaire, on possède de nombreuses facettes. Mais avant tout, nous sommes chacun unique, différent, avec nos propres émotions, perceptions, et opinions, et notre propre histoire. Et si on devait n’avoir qu’une seule chose en commun, ce serait l’envie furieuse de s’en sortir et d’être heureux.

C’est ansi que j’ai découvert la “représentante” de la dermatillomanie aux États unis. Très investie et engagée, Angela Hartlin a déjà écrit un livre et réalisé un documentaire sur le trouble dont elle souffre depuis de longues années. Sa dermatillomanie est centrée sur son visage (surtout les sourcils et les paupières), son décolleté, ses bras et particulièrement ses jambes. Elle se bat pour que cette maladie soit reconnue comme telle, acceptée socialement, et connu de tous, par soucis de prévention. Dans son livre, elle y évoque notamment ses tentatives de suicide, ainsi que sur son blog et sa page Facebook. Elle est très courageuse et inspirante. Voici des extraits de son livre Forever Marked traduits en français, que j’ai trouvé sur le site du docteur Alexandra Rivière-Lecart, psychologue sur Paris :

« Je sais à quel point ma peau est devenue insensible aux coupures, égratignures, triturages… du coup j’ai du mal à remarquer quand je me suis blessée, et généralement j’arrête quand j’ai fais un carnage sanguinaire (littéralement)… » (p.147)

« Ma dermatillomanie est un emploi à temps plein. Elle est constamment dans mon esprit. J’essaie toujours de me dire de ne pas le faire, d’arrêter, ne pas entrer dans la salle de bain, de me tenir occupée, mais je ne sais pas comment gérer autrement mon stress. Bien qu’elle soit ma pire ennemi, la dermatillomanie est aussi ma meilleure amie. Elle m’accompagne tous les jours. Et d’une certaine manière, je ne veux pas perdre cette amie qui a été là avec moi pendant mes plus sombres moments. C’est elle qui m’a aidé à commencer un livre, c’est elle à qui je me confie quand je suis en colère, et je ne veux pas embêter quelqu’un d’autre avec mes problèmes. C’est assez similaire je trouve à des troubles alimentaires, on a l’impression de contrôler nos actions, mais en réalité, c’est la maladie qui nous contrôle. C’est une addiction forte et redoutable. » (p.92)

– « Ma dermatillomanie vient si naturellement maintenant, puisqu’elle est là depuis des années… me gratter est devenu comme respirer. Quand je ne me gratte pas, mon esprit commence à suffoquer, je suis en tension jusqu’à ce que je me libère. » (p.172)

– « Mon dermatologue ne comprends pas l’état de ma peau car il m’a dit que je n’avais que 5% d’acné. Ce n’est pas la peine que je lui explique… » (p.175)

« Ce que j’ai appris sur moi-même en faisant ces gestes sur mon corps, c’est qu’attaquer ma peau lui donne des infections, et donc que je ne suis pas indestructible. Le danger au quotidien c’est qu’il y a de la saleté sous les ongles, et que la main devient en fait un « outil » non-aseptisé que j’utilise pour triturer mon corps. » (p.187)

Samantha Wake s’est aussi fait connaitre via les médias aux états-unis. Elle a touché les gens du fait de son jeune âge et de son joli minois qu’elle martyrise quotidiennement, malheureusement. Son instagram public sur lequel elle poste courageusement des selfies ou on la voit démaquillée.

Le très court reportage (mais c’est toujours mieux que rien) dans Le magasine de la Santé sur France 5, aborde la dermatillomanie. Les dermatillomanes qui témoignent semblent avoir une dermatillomanie qui a des répercussions physiques plutôt “légères” (du moins du peu qui est montré). À côté, je me suis sentie monstrueuse tant les plaies chez moi étaient particulièrement nombreuses et effrayantes..

Le témoignage de Sonia dans Ça nous ressemble sur TMC. Sonia est aussi venue évoquer son trouble dans Toute une Histoire. Elle perce ses boutons, et arrache les croûtes qui se forment pendant la cicatrisation (geste que je ne faisais pas). Je sais que Sonia va beaucoup mieux aujourd’hui, depuis qu’elle suit une thérapie comportementale.

Angela est une autre dermatillomane américaine venu s’exprimer dans l’émission-télé “Dr.Phil”. Je n’ai trouvé que des extraits seulement, ici et . Malheureusement, d’après ceux qui ont regardé le show en entier, l’émission, dont l’animateur est aussi psychologue, est tombé un peu dans le sensationnalisme, pour attirer les téléspectateurs. De plus, il y a apparemment un amalgame qui a été fait. En effet, la première chose qui sort de la bouche d’Angela dans le montage de l’émission est qu’elle dit être dépendante de puissants anti-dépresseurs dont elle abuse, et qu’elle sombre dans l’alcool. Un lien rapide peut être fait entre ses addictions et son trouble, poussant les téléspectateurs à croirent que les triturages compulsifs et destructeurs dont elle souffre ne sont que les effets secondaires de ses addictions aux médicaments et à l’alcool. Cette émission a été dénoncé par plusieurs dermatillomanes pour dépeindre une image faussée et stéréotypée du mal dont nous souffrons. Effectivement, il existe une drogue qui créé des hallucinations qui peuvent être à l’origine de comportement destructeurs (les addicts sont persuadés d’avoir des bêtes sous la peau et font tout pour les faire sortir). Mais la dermatillomanie est, dans la grande majorité des cas, complètement indépendante de la consommation de drogues, médicaments puissants ou d’alcool. Du peu que j’en ai vu, j’ai eu beaucoup de peine pour Angela, elle semble vraiment en détresse et exténuée. On voit une jolie photo d’elle “avant”, ou elle est souriante et rayonnante. Bien qu’elle soit maquillée pendant l’émission, les conséquences de son triturage sont très visibles sur sa peau, d’autant plus qu’elle a les joues rondes et un peu “joufflues”, ce qui fait que ces triturages ont encore plus creuser et marquer ses chairs à ces endroits là de son visage, contrairement aux visages plus osseux et anguleux (comme le mien par exemple).

Je suis tombée sur une vidéo de prévention et de sensibilisation sur la dermatillomanie, ses symptomes, et comment savoir si quelqu’un de votre entourage en souffre. Elle est simple et plutôt mignonne, si on peut dire ça ^^.

En France, la dermatillomanie est surtout mise en lumière par les internautes, au travers de blogs (Dermatillomane, Dermatillomonstre, Grattage-visage, TellementjolieDerma-belle, Journal d’une dermatillomane..). Excepté Sonia, rare sont les dermatillomanes qui s’exposent publiquement et révèlent au monde le mal dont ils souffrent. Résultat d’un pays où la maladie “mentale” est tabou, et surtout sous-estimé en terme de souffrances physiques et psychologiques. Peut être aussi parce que tout ce qui sort un peu de l’ordinaire dérange et mets mal à l’aise, en France. Peut être aussi parce que dans le monde audio visuel français, on donne moins la parole aux inconnus, aux personnes lambda sur des sujets sérieux, contrairement aux Etats unis (pour le meilleur parfois et pour le pire aussi). On a plus qu’à attendre qu’une personnalité publique française souffre de dermatillomanie et fasse le choix d’en parler, pour enfin être pris au sérieux, pour enfin ALARMER et PREVENIR SERIEUSEMENT les parents, la jeunesse, les gens, que ce trouble existe, qu’il est douloureux et qu’il peut être fatal. En effet, triturer sa peau avec excès, c’est risquer de contracter des maladies telles que le staphylocoque dorée. De plus, beaucoup de personnes qui souffrent de dermatillomanie ou de TCI centré sur le corps se suicident, font des tentatives de suicide ou pensent au suicide, par manque de suivi, de soutien, par incompréhension de ce qui leur arrive, et par honte de faire une chose un peu “hors norme” qu’ils pensent, à tort, être les seuls à faire, et il faut que ça change.

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